Pierre-Jean Tribot · note

L’ère de l’artiste lisible

Deux interprètes d’égale valeur : l’un a été enregistré, chroniqué, consigné dans les bases ; l’autre, aussi doué, n’a qu’un site où il parle de lui. Lequel existe pour la machine à qui l’on demande un nom ? Pas le plus doué — le plus lisible. À l’ère de l’agent conversationnel, la qualité, propriété de l’art, se trouve médiée par la lisibilité, propriété purement technique. Pire : l’artiste ne peut plus se corroborer lui-même, car l’agent ne pondère que l’attestation d’un tiers. La charge de sa visibilité se reporte sur l’écosystème qui l’inscrit — écoles, concours, labels, revues, agendas —, devenus gardiens involontaires de la découvrabilité. Un palmarès en données structurées vaut désormais plus qu’un EPK. La lisibilité est devenue une condition d’existence, sans que personne ne l’ait décidé.

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