Le péage et la source
Une journée professionnelle invite les acteurs culturels à « reprendre le contrôle de leurs données ». Mais une institution ne produit presque aucune donnée en propre : ce qu’elle veut reprendre, ce sont celles de son public — son adresse, son compte, son temps. Chacune, dans son coin, reconstruit son silo ; additionnés, ces silos forment un péage généralisé qui aggrave la fatigue qu’on prétend combattre. Et à l’âge de l’agent conversationnel, fermer ses contenus n’est plus se protéger : c’est disparaître, car l’agent ne cite que ce qu’il peut lire. Le faux dilemme — protéger ses données ou se livrer aux plateformes — s’effondre. La souveraineté ne consiste plus à retenir, mais à être la source : rendre sa matière si lisible et si fiable qu’elle soit citée la première. Y compris, et surtout, pour la petite salle.
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