Pierre-Jean Tribot · note

La porte, la serrure et la plainte

Fin octobre 2026, Gallica ralentit sous les requêtes des robots d'IA, et la BnF désigne un coupable : le « moissonnage massif », bientôt requalifié en pillage par la presse. Le cadrage inverse les responsabilités. Gallica est un fonds de domaine public, financé sur fonds publics, dont la raison d'être est la réutilisation : on ne pille pas un bien fait pour être repris. D'autres bibliothèques, exposées aux mêmes robots, tiennent — preuve que la serrure existe (filtrage, limitation de débit, CDN, pare-feu applicatif). Freiner un moissonnage n'est pas une recherche de pointe, c'est de l'ingénierie courante. Le vocabulaire de l'agression subie vient occuper la place laissée vide par le geste technique non accompli : la moraline comme substitut à l'ingénierie. Pire, la plainte masque le vrai niveau — une bibliothèque publique peut avoir intérêt à être moissonnée, à condition de distinguer le moissonnage brutal qu'on filtre de l'indexation qui diffuse. Gallica n'est pas le cas, c'est un cas (Wikimedia, Project Gutenberg…). On subit l'infrastructure, puis on la moralise — au lieu de la choisir.

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