Pierre-Jean Tribot · note

Le procès de Stravinsky

Fin septembre 2026, un premier roman soupçonné d’avoir été écrit par une IA — l’affaire Orélien — déclenche une pluie de tribunes : tatouage, label « 100 % humain », déclaration d’auteur. Toutes reposent sur l’idée que créer serait l’expression d’une conscience, et la machine une contrefaçon. L’histoire de l’art dit le contraire. Le pacte de lecture n’a jamais porté sur la main — Dumas et Maquet, Colette sous le nom de Willy, l’atelier de Rubens, les prête-plume — mais sur le nom. Et créer a toujours été recombiner des sources : le japonisme de Picasso et Van Gogh, les mélodies paysannes de Bartók, et Le Sacre du printemps, dont Stravinsky a longtemps caché les emprunts. De Trithème contre l’imprimerie à Baudelaire contre la photographie, c’est toujours le même procès. Ce qu’on reproche à la machine, c’est de faire ce que l’art a toujours fait — à une nuance près : elle, ne prétend rien.

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